Le récent article de Michel Feltin-Palas dans l’Express, Pour en finir avec le mot “patois”, met à jour les racines du mépris de la culture française vis à vis des langues régionales. L’auteur remonte ainsi à la source de ce terme, afin de démontrer en quoi  son utilisation massive est problématique. 

L’étymologie du terme “patois” n’est pas certaine. Pour certains l’origine remonte à l'ancien français patoier, signifiant agiter les mains ou gesticuler. Une autre hypothèse renvoie à la formule latine patrius sermo, soit "la langue des pères", celle que l'on apprend oralement en famille, mais que l'on n'écrit pas. Dans les deux cas, ce mot sert globalement à discréditer les langues orales, souvent dépourvues d’académie régissant leur mise à l’écrit. 

Au XVIème siècle, les langues relatives à des États-nations sont désignées par leur nom (allemand, espagnol, anglais), tandis que l’on réserve “patois aux langues du peuple des campagnes, hors de la capitale. Ainsi, d’après le Dictionnaire de l’Académie française de 1694, le patois est un “Langage rustique, grossier comme est celuy d'un païsan, ou du bas peuple”. En somme, ce terme rabaisse les langues qui n’ont pas de statut officiel. C’est à cette époque que le francien - dialecte anciennement parlé en Ile-de-France - s’impose comme langue nationale, caractéristique d’un pouvoir central aspirant à une France une et indivisible. 

Au XXème siècle, alors que le terme patois est normalisé (renvoyant simplement à une manière personnelle d’exprimer ses sentiments), certains fervents défenseurs des langues régionales s'insurgent contre la connotation péjorative et stigmatisante de ce mot. En définitive, le terme Patois s’avère être à langue ce que "youpin" est à juif ou "pédale" à homosexuel.