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Le philo-jakin

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Episode 1 - Le cratyle : Platon et la langage

 Pour ce mois de Février, on vous propose de découvrir rapidement chaque semaine la pensée d'un philosophe sur le langage.

Aujourd'hui, nous commençons en Grèce antique avec Platon et son fameux dialogue Le Cratyle, illustrant le début de l’Histoire linguistique. À l’intérieur de cet ouvrage, trois personnages sont mis en scène : Socrate, Cratyle et Hermogène. Ces derniers s'interrogent sur la véracité intrinsèque du langage. Quel rapport a le langage avec le réel ? D'où proviennent les noms, du monde sensible ou intelligible ? Sont-ils naturels ou bien établis par convention ?

La première thèse selon laquelle les noms sont établis par des conventions arbitraires - démontrant ainsi que l’on peut les moduler à notre guise - est soutenue par Hermogène. Il justifie cette théorie en expliquant que le sens de toute chose est donné par l’Homme, et que la vérité se situe donc dans le monde social. Néanmoins, Socrate lui rétorque tout d’abord que si tel était le cas, chacun choisirait des mots arbitrairement et les Hommes ne pourraient se comprendre. De plus, Socrate avance que les mots sont des instruments pour nommer la nature, et possèdent donc un lien incontestable avec elle. Par exemple, selon lui le nom est une imitation des objets par la voix comme par exemple le son “r” qui exprime par ses vibrations le mouvement, comme on le voit avec le terme rouler en français. 

L’autre thèse défendue est celle de Cratyle qui soutient - dans la continuité d’Héraclite - que seule la nature possède un sens et que ce dernier se dérobe néanmoins aux Hommes, car tout se trouve dans un flux permanent insaisissable. Ainsi selon Cratyle, les noms sont justes par nature, c’est-à-dire que chaque chose et chaque personne possède un nom lui correspondant, et utiliser un autre mot pour le représenter serait vide de sens. Socrate, à son tour, répond à Cratyle et tente de contrebalancer ses propos. En effet, les noms sont davantage que des intermédiaires naturels qui nomment la réalité. Les noms constituent des images du réel, mais une image n’est jamais parfaite sinon cette dernière en deviendrait un double. Une imitation trop parfaite produit un clone ainsi c’est dans l’écart et la lacune avec la nature que l’image devient elle-même. Par conséquent, il existe donc une possibilité d'erreur d’attribution d’un mot à une chose. Pour illustrer ses propos, Socrate montre que des mots ne ressemblent pas aux choses qu’elles définissent comme dans le terme hostile où se trouve un L, qui trompe le caractère fermé de ce mot. 

En somme, se situant entre Hermogène et Cratyle, Platon se place en tant que modérateur au sein d’un dialogue constitué de discours extrêmes sur l’origine du langage. Même si le langage s’inspire de la nature et tente d’être son reflet, il ne reste qu’une création de l’Homme et une démonstration à la fois de sa volonté et de son incapacité à parvenir à la vérité.