l'orientalisme : la perception du monde arabe à sa découverte
La construction d'un "monde arabe"
L’Orientalisme se définit comme un mouvement artistique prenant son essor en Occident au XIXème siècle. Il prône l’intérêt des artistes occidentaux pour l’Orient, sujet récurrent dans la politique des grandes puissances européennes au travers de l’expansion coloniale. Présent tant en littérature qu’en peinture ou en musique, ce mouvement est critiquable puisqu'il emprunte une esthétique relevant bien plus d’un imaginaire “exotique” que d’un réel témoignage. De nombreux récits relatent ce fantasme exotique de l’Orient où vit une population polygame, islamiste, maintenant les femmes opprimées dans un environnement désertique, tel que le démontre le récit de Montesquieu à travers Les Lettres persanes, ou bien les peintures d’Eugène Delacroix remplissant de couleurs chaudes et vives des hommes habillés de draps sur leurs majestueux chevaux. Peu importe la différence entre Perse et Arabe, la diversité culturelle et religieuse, l’Orient est lointain et opposé à l’Occident, il reste un monde homogène aux yeux des européens. On peut aussi évoquer le fameux récit des Milles et une nuit, ouvrage relatant l’histoire d’un Sultan condamnant à mort son épouse pour son infidélité, démontrant ainsi la prégnance du despotisme oriental. Ce récit est resté pendant des années un immense succès, et est devenu la représentation la plus populaire du “Monde Arabe”. Ainsi à travers le prisme des artistes, les stéréotypes sur l’Orient se fondent. L’exposition coloniale de 1931 et notamment le Pavillon du Maroc où une architecture propre aux arabes y est illustrée - un palais sobre encadré par des souks - démontrent de même la persistance de clichés au cours du XXème siècle. L’Orient constitue ainsi une unité en elle-même où la culture, les mentalités, les modes de vie et l’interprétation de la religion ne diffèrent pas selon les pays aux yeux des européens de l’époque. Toutes les populations vivant au Moyen-Orient sont ainsi perçues dès lors comme “arabes”, alors que nombreux sont ceux qui se considèrent : kurdes, arméniens, slaves, turcs, etc... De même, l’Islam n’est pas une religion totale et uniforme. Elle n’est pas non plus l’unique religion dans les terres orientales. Il en va de même pour la langue arabe, riche de nombreux dialectes divers.
L’héritage de l’orientalisme : la persistance des stéréotypes dans l’imaginaire collectif
Si la colonisation a mis fin à la domination européenne, elle n’a néanmoins pas épuisé le mythe de l’Orient. En effet, de nos jours, ce phénomène perdure et relaye les mêmes préjugés que d’antan. L’Occident possède toujours la même représentation d’un monde arabe unique, qui est à présent diffusé davantage à travers l’audiovisuel et notamment la télévision ainsi que le cinéma. L’Orientalisme a peut-être changé de forme mais il persiste dans les mentalités occidentales. Par exemple, dans de nombreux films nous attribuons le décor d’une scène à un pays arabe, en effet peu importe la diversité de la faune, les paysages sont partout les mêmes. Cette unité du monde arabe est basée sur les nombreux clichés véhiculés depuis les prémices de l’orientalisme. Ce phénomène est particulièrement présent dans de nombreux films hollywoodiens avec la mise en place permanente d’un filtre jaune, symbolisant une chaleur constante. Sans oublier la prépondérance de déserts, des chameaux, d’un islam réfractaire aux idées occidentales, de femmes voilées, des barbares sanguinaires ou bien de courses poursuites dans des souks - comme s’ils n’avaient pas de supermarché. Le célèbre dessin animé Aladdin, sorti en 1992, est un grand exemple de cet orientalisme moderne, qui a éduqué toute une génération d’enfants occidentaux à un exotisme arabe. Dans le cinéma français aussi le personnage arabe peine à dépasser les clichés, souvent relayé à la figure de banlieusard. Le personnage arabe n’est ni intégré, ni intégrable à la société, il est et reste un arabe stéréotypé, mais en étant dépourvu du mythe exotique. La culture arabe est considérée comme un folklore par l’Occident. Ainsi, la pièce de théâtre Place, de Tamara al Saadi, vient se jouer de cette incompréhension moderne du Monde Arabe. Dans la pièce, Yasmine - d’origine irakienne ayant grandi en France - rencontre pour la première fois, lors d’un dîner, les parents de son petit-ami francais :
La mère : J’espère que vous aimez le poisson Yasmine. Je voulais faire des côtes de porc puis je me suis souvenue que vous étiez iranienne …
Yasmine : Non je ne suis pas Iranienne mais Irakienne et je mange du porc.
Le père : Ah bon ? Vous n’êtes pas pratiquante ?
Yasmine : Je ne suis pas musulmane.
Le père : Vous êtes quoi alors ?
Yasmine : Ma famille est chrétienne.
La mère : Ah oui ? Il y a des chrétiens en Irak ? Mais vous êtes arabe ou pas ?
Cet extrait démontre ainsi la méconnaissance occidentale du monde arabe et le poids de la diffusion d’une identité arabe unique, basée sur des stéréotypes. Par ailleurs, les médias occidentaux relatent de manière continue au sein de l’actualité, la montée de l’extrémisme islamique, haïssant l’Occident, voilant toutes les femmes et limitant la liberté d’expression. Enfin, la culture, le cinéma, la musique et plus globalement les artistes arabes sont relativement exclus de l’Occident, ou relayés à des sphères de “connaisseurs”, malgré que l’acquisition d’un savoir sur l’environnement culturel s’avère être la clé de voûte d’une représentation la plus juste possible.
Pour finir sur une note musicale : https://www.youtube.com/watch?v=nXoJDHUC63I
Pour aller plus loin : L’ouvrage L’orientalisme d’Edward Saïd



